Guide DOM
LODEOM : l'exonération de cotisations patronales en outre-mer, expliquée
La LODEOM est le régime d'exonération de cotisations patronales réservé aux entreprises implantées dans les départements et régions d'outre-mer. Elle repose sur trois barèmes — compétitivité, compétitivité renforcée et innovation & croissance — qui exonèrent jusqu'à 100 % des cotisations patronales selon le niveau de salaire, le secteur d'activité et la taille de l'entreprise. Pour un salarié payé au SMIC, l'économie atteint environ 9 950 € par an.
La LODEOM en bref
En métropole, un employeur bénéficie de la réduction générale de cotisations patronales, qui s'éteint rapidement au-delà du SMIC. Dans les DOM, ce mécanisme est remplacé par un régime spécifique, bien plus favorable : la LODEOM, codifiée aux articles L752-3-2 à L752-3-4 du Code de la sécurité sociale.
Trois caractéristiques la résument :
- Une exonération totale sur les bas et moyens salaires — 100 % des cotisations patronales jusqu'à 1,3 SMIC dans le cas général, et jusqu'à 2 SMIC pour les entreprises éligibles au barème renforcé.
- Trois barèmes au lieu d'un, calibrés selon le profil de l'entreprise : droit commun (compétitivité), TPE et secteurs exposés (renforcé), numérique et recherche (innovation).
- Une application salarié par salarié — le bon barème dépend du salaire de chacun, pas seulement de l'entreprise.
Concrètement, la LODEOM change l'équation d'une embauche en outre-mer : à salaire égal, le coût employeur y est sensiblement inférieur à celui de la métropole, en particulier jusqu'à 2 SMIC.
Les trois barèmes 2026 : seuils et sorties
Les seuils s'expriment en multiples du SMIC mensuel brut — 1 843 € en 2026 (12,15 € de l'heure). Le tableau ci-dessous convertit chaque seuil en euros pour s'y retrouver d'un coup d'œil.
| Barème | Exonération 100 % jusqu’à | Particularité | Sortie (exonération nulle) |
|---|---|---|---|
| Compétitivité | 1,3 SMIC ≈ 2 396 € | Dégressive au-delà de 1,3 SMIC | 2,2 SMIC ≈ 4 055 € |
| Compétitivité renforcée | 2,0 SMIC ≈ 3 686 € | Palier à 85 % entre 2,0 et 2,4 SMIC (≈ 4 423 €), puis dégressive | 2,7 SMIC ≈ 4 976 € |
| Innovation & croissance | 1,7 SMIC ≈ 3 133 € | Dégressive au-delà de 1,7 SMIC | 3,5 SMIC ≈ 6 451 € |
Lecture : tant que le salaire brut reste sous le premier seuil, l'employeur ne paie aucune cotisation patronale entrant dans le champ de l'exonération. Entre le premier seuil et le point de sortie, l'exonération diminue progressivement jusqu'à zéro.
Barème compétitivité : le régime de droit commun
C'est le barème ouvert à toutes les entreprises des DOM, sans condition de secteur ni d'effectif (art. L752-3-2 CSS). Il fonctionne en deux temps :
- Jusqu'à 1,3 SMIC (≈ 2 396 € brut/mois) : exonération de 100 % des cotisations patronales concernées.
- De 1,3 à 2,2 SMIC (≈ 4 055 €) : exonération dégressive linéaire — elle fond à mesure que le salaire monte, et s'annule à 2,2 SMIC.
Ce barème couvre l'essentiel des emplois de service, de commerce et d'administration. Sa limite : la sortie à 2,2 SMIC arrive vite pour les profils qualifiés — c'est précisément ce que corrigent les deux autres barèmes.
Barème renforcé : TPE et secteurs prioritaires
Le barème « compétitivité renforcée » (art. L752-3-3 CSS) vise les entreprises les plus exposées. Deux portes d'entrée, alternatives :
- Effectif inférieur à 11 salariés, quel que soit le secteur d'activité ;
- Secteur prioritaire : BTP, tourisme (hôtellerie-restauration comprise), agroalimentaire, industrie.
Le profil de l'exonération est le plus généreux des trois :
- 100 % jusqu'à 2 SMIC (≈ 3 686 € brut/mois) — soit un plafond d'exonération totale supérieur de moitié à celui du barème de droit commun ;
- Palier à 85 % entre 2 et 2,4 SMIC (≈ 4 423 €) ;
- Dégressivité ensuite, jusqu'à extinction à 2,7 SMIC (≈ 4 976 €).
Pour un artisan du BTP ou un restaurateur réunionnais, ce barème transforme le coût d'un chef d'équipe ou d'un second de cuisine : des salaires de 3 000 à 3 600 € brut restent en exonération totale.
Barème innovation : numérique et R&D
Le barème « innovation et croissance » (art. L752-3-4 CSS) est réservé aux secteurs du numérique et de la recherche-développement — dont les jeunes entreprises innovantes (JEI). Sa logique : les salaires qualifiés y sont la norme, le barème monte donc beaucoup plus haut.
- 100 % jusqu'à 1,7 SMIC (≈ 3 133 € brut/mois) ;
- Dégressivité longue jusqu'à 3,5 SMIC (≈ 6 451 €) — un développeur senior ou un ingénieur d'études reste largement dans le champ de l'exonération.
C'est un levier déterminant pour les studios, agences web et bureaux d'études ultramarins qui recrutent des profils techniques en concurrence avec la métropole.
Exemples chiffrés : ce que vous économisez vraiment
Hypothèse de calcul : cotisations patronales de l'ordre de 45 % du brut avant exonération (taux global retenu par notre simulateur). Montants mensuels arrondis, recalculés avec les formules exactes du dispositif.
| Salaire brut | Cotisations avant exo | Compétitivité | Renforcée | Innovation |
|---|---|---|---|---|
| 1 867 € (SMIC) | ≈ 840 € | 840 € (totale) | 840 € (totale) | 840 € (totale) |
| 3 000 € (≈ 1,61 SMIC) | ≈ 1 350 € | ≈ 858 € | 1 350 € (totale) | 1 350 € (totale) |
| 4 000 € (≈ 2,14 SMIC) | ≈ 1 800 € | ≈ 59 € (sortie proche) | ≈ 1 530 € (palier 85 %) | ≈ 1 330 € |
Trois enseignements :
- Au SMIC, tout le monde gagne pareil : ≈ 829 € par mois, soit près de 9 948 € par an et par salarié — quel que soit le barème.
- À 3 000 € brut, le barème change tout : 858 € en compétitivité contre 1 350 € (exonération totale) en renforcé ou en innovation — près de 500 € d'écart mensuel.
- À 4 000 € brut, l'écart devient majeur : le barème de droit commun ne donne presque plus rien (≈ 59 €), quand le renforcé maintient ≈ 1 530 € d'exonération mensuelle.
Quel barème appliquer ?
Le raisonnement se fait en deux questions, salarié par salarié :
- À quels barèmes mon entreprise est-elle éligible ? Le compétitivité l'est toujours. Le renforcé exige moins de 11 salariés ou un secteur prioritaire (BTP, tourisme, agroalimentaire, industrie). L'innovation exige un secteur numérique ou R&D.
- Lequel donne la plus forte exonération à ce niveau de salaire ? Sous 1,3 SMIC, ils se valent (exonération totale partout). Entre 1,3 et 2,7 SMIC, le renforcé domine lorsqu'il est accessible. Au-delà de 2,7 SMIC, seul l'innovation conserve un avantage, jusqu'à 3,5 SMIC.
En pratique, l'application correcte passe par la DSN et mérite une vérification annuelle : les seuils sont exprimés en SMIC, donc chaque revalorisation du SMIC déplace les seuils en euros. C'est le type de contrôle que votre expert-comptable intègre à la paie, bulletin par bulletin.
Territoire par territoire
| Territoire | Compétitivité | Renforcée | Innovation | SMIC mensuel brut 2026 |
|---|---|---|---|---|
| La Réunion | ✓ | ✓ | ✓ | 1 867 € |
| Guadeloupe | ✓ | ✓ | ✓ | 1 867 € |
| Martinique | ✓ | ✓ | ✓ | 1 867 € |
| Guyane | ✓ | ✓ | ✓ | 1 867 € |
| Mayotte | ✓ | — | — | 1 450 € |
La Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et La Réunion bénéficient des trois barèmes dans des conditions identiques. Mayotte constitue un cas particulier : régime social propre et SMIC spécifique (1 432 € brut mensuel en 2026) — dans nos outils, seul le barème compétitivité y est modélisé. Les collectivités de Saint-Martin et Saint-Barthélemy relèvent également du dispositif.
Les pièges à éviter
- La sortie brutale du barème compétitivité. Entre 4 000 et 4 055 € brut, l'exonération de droit commun disparaît presque entièrement. Une augmentation de 100 € brut peut coûter beaucoup plus cher que prévu si elle fait franchir un seuil — à simuler avant de signer l'avenant.
- Le franchissement du seuil de 11 salariés. Une TPE éligible au renforcé par son effectif peut perdre cette porte d'entrée en grandissant — il reste alors la porte sectorielle, à vérifier avant l'embauche qui fait basculer l'effectif.
- Le secteur déclaré ne correspond pas à l'activité réelle. L'éligibilité sectorielle (BTP, tourisme, agroalimentaire, industrie, numérique, R&D) s'apprécie sur l'activité effective — un code NAF inadapté expose à un redressement URSSAF.
- Oublier la revalorisation du SMIC. Les seuils en euros bougent à chaque revalorisation : un salaire « juste sous le seuil » une année peut le dépasser l'année suivante sans aucune augmentation.
- Raisonner entreprise au lieu de raisonner salarié. L'exonération se calcule bulletin par bulletin : une même entreprise applique souvent des situations différentes selon les salaires de son effectif.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la LODEOM exactement ?+
La LODEOM (loi pour le développement économique des outre-mer) désigne le régime d'exonération de cotisations patronales propre aux employeurs des départements et régions d'outre-mer, codifié aux articles L752-3-2 et suivants du Code de la sécurité sociale. Elle remplace, pour ces territoires, la réduction générale de cotisations applicable en métropole, avec des niveaux d'exonération nettement plus favorables : jusqu'à 100 % des cotisations patronales selon le salaire et le barème.
Quelle économie pour un salarié payé au SMIC ?+
Pour un salarié au SMIC (1 867 € brut par mois en 2026), l'exonération est totale quel que soit le barème : sur la base de cotisations patronales d'environ 45 % du brut, cela représente environ 840 € par mois, soit près de 10 080 € par an et par salarié.
Mon entreprise est-elle éligible au barème renforcé ?+
Deux portes d'entrée : soit votre effectif est inférieur à 11 salariés (quel que soit le secteur), soit vous relevez d'un secteur prioritaire — BTP, tourisme, agroalimentaire ou industrie. Dans les deux cas, l'exonération reste totale jusqu'à 2 SMIC, puis se maintient à 85 % jusqu'à 2,4 SMIC avant de devenir dégressive jusqu'à 2,7 SMIC.
Le barème innovation concerne-t-il seulement les startups ?+
Non. Il est réservé aux secteurs du numérique et de la recherche-développement (dont les jeunes entreprises innovantes), mais sans condition de taille ni d'ancienneté : une SSII de 30 personnes ou un bureau d'études établi de longue date peuvent en relever. Son intérêt : l'exonération reste totale jusqu'à 1,7 SMIC et ne s'éteint qu'à 3,5 SMIC, ce qui couvre les salaires qualifiés.
Comment choisir entre les trois barèmes ?+
Le choix s'apprécie salarié par salarié, en fonction du niveau de salaire et de l'éligibilité de l'entreprise. Pour un même salaire de 4 000 € brut, l'écart peut dépasser 1 400 € d'exonération par mois entre deux barèmes. Votre expert-comptable vérifie les conditions d'éligibilité et applique le barème le plus favorable — c'est exactement ce que compare notre simulateur LODEOM.
Mayotte est-elle couverte par la LODEOM ?+
Partiellement : dans nos outils, seul le barème compétitivité y est modélisé (Mayotte dispose d'un régime social spécifique, avec notamment un SMIC propre de 1 450 € brut mensuel en 2026). La Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et La Réunion bénéficient quant à elles des trois barèmes. Saint-Martin et Saint-Barthélemy relèvent également du dispositif.
Pour aller plus loin
L'outre-mer est notre terrain.
Kontab est opéré par un cabinet inscrit à l'Ordre des experts-comptables, spécialiste des dispositifs DOM : LODEOM, ZFANG, abattements. La paie et la comptabilité appliquent ces règles nativement.
Voir aussi : expert-comptable à La Réunion · la plateforme de pilotage