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KNTAB

Spécialiste DOM

Guide Juridique

Passer de la micro-entreprise à la société

On passe de la micro-entreprise à la société lorsque la micro cesse d'être un avantage pour devenir un frein. Trois déclencheurs reviennent : des charges réelles élevées que la micro ne déduit pas, l'approche des plafonds de chiffre d'affaires (83 600 € pour les services, 203 100 € pour la vente en 2026), et un besoin nouveau — s'associer, lever des fonds, protéger son patrimoine, optimiser rémunération et dividendes. La bascule vers une EURL, une SASU ou une SARL fait entrer dans le régime réel : comptabilité complète, impôt sur le revenu ou sur les sociétés, régime social du dirigeant à choisir. Ce guide détaille les signaux, les conséquences et les étapes, chiffres à l'appui.

11 min de lectureMis à jour en juin 2026

La réponse en une minute

La micro-entreprise est un excellent point de départ : simple, peu coûteuse, sans comptabilité lourde. Mais elle repose sur un principe rigide — les prélèvements sont calculés sur le chiffre d'affaires, jamais sur le bénéfice réel. Tant que vos charges restent faibles et votre activité modeste, ce forfait vous est favorable. Dès que l'un de ces équilibres se rompt, la société devient pertinente.

Trois questions suffisent à savoir si le moment est venu. Vos charges réelles grimpent-elles ? Si vos achats, loyers ou investissements dépassent l'abattement forfaitaire, vous payez des cotisations sur une marge fictive. Approchez-vous des plafonds ? Au-delà de 83 600 € de services ou 203 100 € de vente, le maintien en micro n'est plus possible. Votre projet change-t-il de nature ? Associé, salariés, levée de fonds, protection du patrimoine : autant de besoins que la micro ne sait pas servir.

Les signaux qui doivent vous alerter

Le passage en société se prépare : il vaut mieux l'anticiper que le subir. En pratique, plusieurs signaux convergents indiquent que la micro a fait son temps. Pris isolément, aucun n'est décisif ; réunis, ils dessinent un changement de cap.

83 600 €
Plafond micro services / BNC
prestations de services et libéral
203 100 €
Plafond micro vente / hébergement
marchandises et hébergement
37 500 €
Seuil TVA services
franchise en base — seuils 2025
85 000 €
Seuil TVA ventes
franchise en base — seuils 2025

Le premier signal est économique : vos charges réelles montent. Vous achetez des marchandises, payez un local, investissez dans du matériel, faites appel à des sous-traitants. Or la micro ne déduit rien de tout cela : vous êtes taxé sur un chiffre d'affaires dont une part part déjà en dépenses. Le deuxième est de volume : votre chiffre d'affaires approche les plafonds, ou franchit le seuil de TVA, ce qui change déjà votre facturation. Le troisième est stratégique : vous voulez vous associer, faire entrer un investisseur, embaucher durablement, ou mettre votre patrimoine personnel à l'abri.

Plafonds 2026 : micro, réel et TVA

Deux jeux de seuils coexistent et ne se confondent pas : les plafonds du régime micro (qui conditionnent le maintien du forfait) et les seuils de la franchise en base de TVA (qui déclenchent l'assujettissement à la TVA). On peut être assujetti à la TVA tout en restant micro, et inversement rester sous le seuil de TVA en approchant du plafond micro.

Au-delà du plafond du régime micro deux années consécutives, la bascule au régime réel s'impose. Le franchissement du seuil de TVA, lui, rend redevable de la TVA même en restant micro.
ActivitéPlafond régime micro (2026)Franchise en base de TVA (seuils 2025)
Vente de marchandises et hébergement203 100 €85 000 €
Prestations de services (BIC) et activités libérales (BNC)83 600 €37 500 €

Lorsque le chiffre d'affaires dépasse le plafond du régime micro deux années de suite, le passage au régime réel devient obligatoire l'année suivante : il faut alors tenir une comptabilité complète, soit en entreprise individuelle au réel, soit en société. C'est souvent l'occasion de reconsidérer toute la structure plutôt que de subir une transition au fil de l'eau.

Charges réelles : le calcul qui change tout

C'est le cœur du sujet. En micro-entreprise, les cotisations sociales et l'impôt sont assis sur le chiffre d'affaires, après un abattement forfaitaire censé représenter vos frais. Si vos charges réelles sont inférieures à cet abattement, vous êtes gagnant : vous payez comme si vous dépensiez plus que la réalité. Mais dès que vos dépenses dépassent le forfait, la mécanique se retourne contre vous : vous acquittez des prélèvements sur une marge que vous ne réalisez pas.

La société au régime réel raisonne autrement : elle déduit les charges effectivement supportées — achats, loyers, matériel, sous-traitance, intérêts d'emprunt — et n'impose que le bénéfice qui en résulte. Plus vos charges réelles sont élevées, plus l'écart se creuse en faveur du réel. Sur deux situations à chiffre d'affaires identique, l'assiette imposable peut diverger fortement :

Micro — base de calcul (chiffre d’affaires après abattement forfaitaire)forfait
Société au réel — base de calcul (bénéfice après charges réelles déduites)réel
Illustration de principe : quand les charges réelles sont importantes, la société au régime réel impose un bénéfice (charges déduites) là où la micro taxe le chiffre d'affaires après un abattement forfaitaire. Schéma indicatif, non chiffré.

Le point de bascule dépend donc moins du chiffre d'affaires brut que du poids de vos charges. Une activité de conseil à faibles frais peut rester avantageusement en micro ; une activité de négoce, d'artisanat ou de production, à forte intensité de charges, gagne souvent à passer au réel bien avant d'atteindre les plafonds.

Conséquences fiscales et sociales

Passer en société, c'est entrer dans un cadre plus structurant. Les conséquences se répartissent sur quatre plans, qu'il faut intégrer dès le départ pour ne pas être pris au dépourvu.

Synthèse des principaux changements. La société apporte de la rigueur comptable et un cadre fiscal et social plus riche, au prix d'une gestion plus exigeante.
DomaineEn micro-entrepriseEn société (au réel)
ComptabilitéAllégée (livre de recettes, suivi du chiffre d’affaires)Complète (bilan, compte de résultat, annexes)
Impôt sur le bénéficeImpôt sur le revenu, calcul forfaitaireImpôt sur le revenu ou impôt sur les sociétés selon la forme
Régime social du dirigeantTravailleur non salarié, cotisations sur le chiffre d’affairesTravailleur non salarié (gérant majoritaire) ou assimilé salarié (président)
TVASouvent en franchise (sous les seuils), puis assujettissementAssujettissement à la TVA (facturation et récupération)

Sur le plan comptable, la société impose une comptabilité complète et, le plus souvent, l'accompagnement d'un professionnel. Sur le plan fiscal, la SARL et la SAS relèvent par défaut de l'impôt sur les sociétés, l'EURL de l'impôt sur le revenu avec option pour l'IS : à l'impôt sur les sociétés, le barème 2026 applique un taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice pour les PME éligibles, puis 25 % au-delà. Sur le plan social, le dirigeant devient travailleur non salarié ou assimilé salarié selon la forme. Sur le plan de la TVA enfin, la société la facture et la récupère, ce qui peut être un avantage lorsque vos achats en supportent.

Quelle forme de société choisir

Une fois la décision de passer en société prise, reste à choisir la forme. Pour un créateur seul venant de la micro, trois options dominent : l'EURL, la SASU et, si l'on s'associé, la SARL (ou la SAS). Le départage repose sur le régime social du dirigeant, le régime fiscal et la souplesse de gouvernance recherchée.

L'EURL place le gérant associé unique sous le régime des travailleurs non salariés : charges sociales plus légères (de l'ordre de 45 % de la rémunération), protection plus modeste, cadre encadré par le code de commerce. La SASU fait du président un assimilé salarié : protection proche du salariat (hors assurance chômage), coût plus élevé (de l'ordre de 80 % sur le net), grande souplesse statutaire et traitement favorable des dividendes. La SARL reprend la logique de l'EURL pour un projet à plusieurs.

Les ordres de grandeur de charges sociales (≈ 45 % en TNS, ≈ 80 % en assimilé salarié) sont indicatifs et dépendent du niveau de rémunération.
FormeAssociésRégime social du dirigeantRégime fiscal par défaut
EURL1Travailleur non salariéImpôt sur le revenu (option IS)
SASU1Assimilé salariéImpôt sur les sociétés
SARL2 à 100Travailleur non salarié (gérant majoritaire)Impôt sur les sociétés
SASPlusieursAssimilé salariéImpôt sur les sociétés

Les étapes de la bascule

Le passage de la micro à la société suit une trajectoire claire. L'ordre des opérations compte : il a des conséquences fiscales, notamment sur le traitement du fonds ou de la clientèle. Voici le parcours type.

  1. 11

    Cesser l’activité de micro-entrepreneur

    Déclarez la cessation de l'activité de micro-entreprise et soldez les obligations en cours (dernières déclarations de chiffre d'affaires, cotisations, éventuelle TVA).
  2. 22

    Créer la société

    Rédigez les statuts, constituez le capital, immatriculez la société. Notre guide Créer une SASU : les étapes détaille ce parcours, transposable à l'EURL ou à la SARL.
  3. 33

    Apporter ou céder le fonds ou la clientèle

    Transférez la valeur économique de votre activité (clientèle, contrats, matériel) à la société, par apport en nature ou par cession : ce traitement a des effets fiscaux à cadrer.
  4. 44

    Transférer les contrats en cours

    Mettez à jour le bail, les contrats clients et fournisseurs, les assurances, les abonnements et les coordonnées bancaires au nom de la société.

ACRE et coût de la transition

Créer une société a un coût : rédaction des statuts, capital, frais d'immatriculation et de publication, accompagnement comptable. Mais la transition peut aussi ouvrir droit à un allègement utile : l'ACRE (aide à la création ou à la reprise d'une entreprise), qui consiste en une exonération partielle de cotisations sociales la première année, sous conditions d'éligibilité.

Concrètement, l'ACRE peut alléger sensiblement les charges du dirigeant durant les premiers mois de la société, le temps que l'activité monte en régime. Son obtention dépend de votre situation et de l'historique de vos précédentes aides : si vous avez déjà bénéficié de l'ACRE au lancement de votre micro, les règles de non-cumul peuvent s'appliquer. Ce point se vérifie au cas par cas.

1re année
Durée de l’exonération ACRE
sous conditions d’éligibilité
15 %
Taux réduit d’impôt sur les sociétés
jusqu'à 42 500 € de bénéfice
25 %
Taux normal d’impôt sur les sociétés
au-delà de 42 500 € de bénéfice
2 ans
Dépassement avant bascule au réel
plafonds micro franchis deux années

La méthode pour décider sereinement

Le passage en société n'est ni une fatalité ni une course : c'est une décision à prendre au bon moment, sur la base d'une projection sérieuse. L'intérêt de la société par rapport à la micro croît généralement avec le poids des charges et le niveau d'activité : faible au démarrage, il devient déterminant à l'approche puis au-delà des plafonds.

Courbe de tendanceCharges faiblesCharges modéréesApproche des plafondsAu-delà des plafonds
Illustration de l'intérêt relatif d'une société au régime réel à mesure que les charges et l'activité progressent : marginal au démarrage, croissant ensuite. Schéma indicatif, non chiffré.

Mesurez d'abord vos charges réelles. Comparez-les à l'abattement forfaitaire de votre activité : si elles le dépassent, la micro vous coûte déjà cher en prélèvements sur une marge que vous ne faites pas.

Surveillez ensuite vos seuils. Tenez un suivi continu de votre chiffre d'affaires par rapport aux plafonds micro (83 600 € ou 203 100 €) et aux seuils de TVA (37 500 € ou 85 000 €) : anticiper évite les mauvaises surprises.

Choisissez enfin la forme et le calendrier. Entre EURL, SASU et SARL, tranchez selon votre besoin de protection sociale, votre stratégie de rémunération et votre projet à plusieurs ; puis arrêtez le calendrier de bascule, en intégrant le traitement du fonds et l'ACRE.

  • 33 % Diagnostic charges et seuils
  • 33 % Choix de la forme et du régime
  • 33 % Création et transfert de l’activité
Les trois temps d'une bascule maîtrisée : diagnostiquer, choisir, exécuter. Chaque étape se prépare avec un professionnel.

Questions fréquentes

Quand faut-il passer de la micro-entreprise à la société ?+

Le passage en société se justifie dès que la micro devient un frein : lorsque vos charges réelles sont élevées (la micro n'en déduit aucune), quand vous approchez des plafonds de chiffre d'affaires (83 600 € pour les services, 203 100 € pour la vente en 2026), quand vous voulez vous associer, lever des fonds, protéger votre patrimoine ou optimiser l'équilibre entre rémunération et dividendes. À confirmer avec votre expert-comptable inscrit à l'Ordre des experts-comptables selon votre situation.

Quels sont les plafonds de la micro-entreprise en 2026 ?+

En 2026, le régime micro reste applicable tant que le chiffre d'affaires annuel ne dépasse pas 203 100 € pour la vente de marchandises et les prestations d'hébergement, et 83 600 € pour les prestations de services (BIC) et les activités libérales (BNC). Le dépassement de ces seuils deux années consécutives entraîne la bascule au régime réel l'année suivante.

À partir de quel montant la micro doit-elle facturer la TVA ?+

La franchise en base de TVA est plafonnée, selon les seuils 2025, à 85 000 € pour les ventes de marchandises et 37 500 € pour les prestations de services. Au-delà, le micro-entrepreneur devient redevable de la TVA : il la facture à ses clients et la reverse, tout en récupérant celle qu'il supporte. Ce franchissement peut survenir bien avant les plafonds du régime micro lui-même.

Pourquoi les charges réelles plaident-elles pour la société ?+

En micro-entreprise, les cotisations et l'impôt sont calculés sur le chiffre d'affaires, après un abattement forfaitaire censé représenter les frais : aucune charge réelle (achats, loyers, matériel, sous-traitance) n'est déductible. Dès que vos dépenses dépassent l'abattement forfaitaire, vous payez des prélèvements sur une marge que vous ne réalisez pas. La société au régime réel déduit, elle, les charges effectives : la base imposable colle à la réalité économique.

Quel régime social aura le dirigeant après le passage en société ?+

Cela dépend de la forme choisie. Le gérant majoritaire d'EURL ou de SARL est travailleur non salarié (TNS) : charges sociales plus légères, protection plus modeste. Le président de SASU ou de SAS est assimilé salarié : protection proche de celle d'un salarié (hors assurance chômage), pour un coût plus élevé. Le choix se modélise en fonction de votre besoin de couverture et de votre stratégie de rémunération.

Faut-il fermer la micro-entreprise pour créer la société ?+

Oui : la bascule suppose de cesser l'activité de micro-entrepreneur, puis de créer la société (statuts, capital, immatriculation), et enfin d'y apporter ou d'y céder le fonds ou la clientèle et de transférer les contrats en cours (bail, clients, fournisseurs, assurances). L'ordre des opérations et le traitement du fonds ont des conséquences fiscales : cette étape mérite d'être cadrée avec votre expert-comptable inscrit à l'Ordre des experts-comptables.

Pour aller plus loin

Réussir le passage en société, au bon moment

Kontab est un cabinet inscrit à l'Ordre des experts-comptables, spécialiste du pilotage des TPE/PME en métropole comme dans les DOM. Nous chiffrons votre intérêt à passer au régime réel, sécurisons le choix de la forme et le traitement du fonds, et vous accompagnons à chaque étape de la bascule — à confirmer selon votre situation.